Joey Barton répond aux South Winners

20 février 2013.

Joey Barton est arrivé cet été en provenance des Queens Park Rangers avec un lourd passé et une suspension en cours. Le pari était risqué mais presque réussi dès le départ tant le personnage semblait correspondre aux joueurs à fort caractère dont l'OM a toujours eu besoin dans un vestiaire. Pour réussir à Marseille, il a rapidement compris qu'il fallait respecter les supporters, l'essence du club. Joey a accepté de nous accorder une interview...

Joey, en Angleterre, quelle image représente l'Olympique de Marseille et ses supporters ?

En Angleterre tout le monde connaît l’OM. Les trois clubs les plus grands sont l’OM, l’OL et le PSG, et de ces trois-là, la plupart des Anglais, ou plutôt des Britanniques, considèrent l’OM comme le plus grand, surtout parce que nous nous souvenons de sa victoire en Ligue des Champions en 1993, en battant le Milan AC. Nous connaissons donc très bien l’OM. En plus, l’OM a joué contre plusieurs clubs anglais en Ligue des Champions. La plupart des Anglais vous répondraient donc que l’OM est le club le plus grand et le plus prestigieux en France.

Quelle différence y-a-t-il entre la culture des supporters anglais et celle des supporters marseillais ?

La plus grande différence… D’après mes rencontres avec les supporters de l’OM, et les différents groupes de supporters, c’est qu’il s’agit d’une façon entière de vivre sa passion. Ce n’est pas juste question d’aller au match, puis boire un coup avant de retourner à ta famille et à ta vie, comme en Angleterre. Ici, l’OM et les groupes de supporters, ce sont ta famille, ce sont ta vie ! Tous ces groupes, les Yankees, les Dodgers, les South Winners, les Ultras… des groupes différents, mais faisant partie d’une grande famille, avec une vie sociale ensemble. L’OM a cette ambiance familiale, et je ne suis pas sûr que cela soit aussi fort en Angleterre. Certains clubs essaient de cultiver cette ambiance, mais nulle part ailleurs nous trouvons cette ferveur marseillaise. D’une certaine façon, ça me fait penser à l’ambiance en Angleterre des années 80, avec cette passion, cette fidélité, cette appartenance. C’est comme en Italie, ou en Grèce, ou en Turquie, avec Fenerbahçe ou Galatasaray, où les supporteurs créent une ambiance intimidante dans leurs stades. Ce n’est plus vraiment comme ça en Angleterre. Nous n’avons pas de chants, de dessins, de drapeaux organisés, comme à Marseille. A Manchester United il y a un mec qui compose des airs pour les supporters, mais à par ça, il ne reste plus grand-chose, rien en tout cas à comparer avec la passion des groupes ici à Marseille. En tant que fan anglais de football, j’adore découvrir la culture des supporters d’autres pays. Ils sont souvent amateurs du jeu en Angleterre, de notre histoire et de nos clubs, de notre jeu avant l’arrivée des millions de dollars, et c’est un reflet de la passion des supporters anglais d’antan.

Ton envie, ta mentalité, ton respect des supporters, tu sembles fait pour Marseille. Pensais-tu te fondre aussi facilement dans le moule marseillais ?

Quand on part à l’étranger, quand on découvre une nouvelle langue et une nouvelle culture, on a toujours des doutes. Sera-t-il facile de m’intégrer ? Ici, dès mon arrivée, on m’a accueilli les bras ouverts. Les fans ont été tout de suite gentils avec moi, et tout le monde au club aussi. Cela a rendu mon intégration très facile. Le début a été un peu difficile à cause de ma suspension, mais le club m’a donné tellement de soutien et de respect, que j’avais hâte de mettre le maillot de l’OM et de rendre au club ce que je pouvais. J’ai mis un peu de temps pour mettre la machine en route, mais je sens de plus en plus fort à l’entraînement désormais, et je pense que j’arrive à un point de forme où je peux me montrer à mon meilleur niveau. Je veux montrer aux fans de l’OM ce que je peux faire, ramener des titres, pour eux, pour le club, pour la ville.

Comment vois-tu cette fin de saison marseillaise ?

Ah, ça c’est une question difficile, prévoir la fin de la saison ! Idéalement, le rêve est que… enfin, la réalité est que nous sommes bien positionnés dans le championnat et encore qualifiés dans l’une des coupes. Je suis un joueur qui veut gagner chaque match joué. Chaque fois sur le terrain je veux gagner, même à l’entraînement. Je donne toujours mon maximum. Ce n’est pas toujours possible de gagner, mais on doit aborder chaque match avec la victoire en tête. Tant qu’il y aura une possibilité de gagner le championnat, je chercherai à le faire, et aussi gagner la coupe. Ce club est grand, et nous devons mettre la barre haute, chercher toujours à nous dépasser. Si nous voulons gagner le championnat, tout le monde doit y croire ; les joueurs, le staff, les supporters. A nous, les joueurs de convaincre tout le monde de cela. Nous sommes très bien placés, nous avons gagné plus de matchs que les autres équipes, et pourtant je crois que nous avons encore des réserves. Etre éliminés de la Ligue Europa nous donne finalement un avantage, car notre effectif est petit, et je ne nous croyais pas capables de gagner sur tous les fronts. Le PSG reste encore en lice dans la Ligue des Champions, et Lyon dans la Ligue Europa, et ces compétitions peuvent être épuisantes pour des groupes. Paris a l’effectif et les finances pour réussir, je suis moins sûr pour Lyon, qui aura besoin de tous ses jeunes joueurs pour tenir la saison. C’est maintenant, à ce stade de la saison, que l’on gagne des trophées. Il y aura des matchs durs. Mais c’est ça que j’aime, le défi, la lutte pour réussir. Si tout était facile, il n’y aurait pas le sens du devoir accompli. Pour un club grand comme l’OM, tous les matchs sont importants. Tout le monde veut battre l’OM, et nous avons besoin du soutien de nos supporters, pas seulement au Stade Vélodrome, mais aussi à l’extérieur. Ce sont notre 12ème homme.

Récemment, tu as soutenu le collectif des victimes de Hillsborough pour que la vérité éclate sur cette terrible tragédie. Tu arborais d'ailleurs un t-shirt "Justice for the 96" lors de ton arrivée à Marseille. La vérité a finalement éclaté. Peux-tu nous en dire plus sur ce combat mené aux côtés des associations ?

Hillsborough ? Oui, cela m’importe beaucoup, car je suis de Liverpool, je suis un Evertonian, du côté opposé de la même ville. Ce jour-là Liverpool jouait contre Nottingham Forest à Hillsborough, pendant que Everton jouait l’autre demi-finale. Cela aurait pu être nous ! Malgré la rivalité sportive entre Liverpool et Everton, l’ambiance entre nous reste très saine, amicale même. En 89 j’avais sept ans, j’ai seulement des vagues souvenirs de ce jour-là, des bribes des actus à la télé, un peu des titres du journal local. Qu’il y avait 50 morts confirmés et des centaines de blessés, puis que le nombre de morts est monté à 60, puis 80, avec encore de nombreuses victimes dans les hôpitaux. C’était très dur pour les gens de la ville, nous étions très proches, les uns aux autres, cela aurait pu nous arriver à tous. A l’age de 11-12 ans, quand j’assistais aux matchs avec des copains, on regardait l’équipe qui jouait à domicile, Liverpool puis Everton, n’importe laquelle, on allait ensemble où il y avait du football. Donc, pendant ces quelques années après Hillsborough, je me suis senti très concerné par le catastrophe, en pensant que cela aurait pu être moi, ou mon oncle, ou mon père, ou un cousin etc. L’une des victimes de Hillsborough habitait notre rue. A l’époque on entendait que les fans étaient entrés dans le stade sans billets, qu’ils avaient chargé les forces de l’ordre, que c’était de leur propre faute. Les journaux et les télés ont dit qu’ils avaient tué des leurs, qu’ils urinaient sur des corps, qu’ils dépouillaient des cadavres de leurs portefeuilles. Il s’agissait d’une couverture et des mensonges au niveau du gouvernement qui ne voulait pas assumer la responsabilité, qui préférait mettre la responsabilité sur des fans de football innocents. Les familles des victimes n’acceptaient pas cela, cette vision que tout le pays avait d’elles. Elles avaient perdu des proches, certes, mais pas aux mains des autres fans ! Il y avait un journal, dont je refuse de prononcer le nom, qui a même sorti un numéro intitulé « La vérité », qui n’était que mensonges… Mais que toute l’Angleterre a cru ! C’était scandaleux. Suite à cela les familles des victimes se sont organisées, sous la bannière « Justice pour 96, justice pour ceux qui ont péri ! ». Il a fallu attendre 2012, après des années de protestations et de campagne, après 16 longues années, pour que la vérité commence à émerger. Après qu’une pétition sur internet soit adressée au gouvernement pour rouvrir le dossier et que j’eus reçu une demande pour la soutenir. J’ai étudié un peu le dossier, j’ai rencontré des familles des victimes, j’ai même assisté à leurs réunions. J’ai décidé de soutenir leur cause pour exposer la vérité. Par le biais des réseaux sociaux j’ai encouragé tous les fans de football à signer la pétition en ligne, tous ces fans qui pouvaient s’identifier avec les victimes. Le problème venait du gouvernement, de la sécurité dans les stades, pas des fans eux-mêmes. Puis, le mouvement commençait à accélérer, j’ai obtenu le support de quelques personnes connues, et soudainement on avançait ! On est passé de 5.000 signatures sur la pétition à 150.000 en quelques jours, alors que nous avions besoin de seulement 100.000 signatures pour faire rouvrir le dossier. Puis j’ai assisté avec les familles des victimes au parlement quand le dossier a été étudié. C’était une expérience inoubliable et très émouvante. Cela a été très important pour les familles des victimes et aussi pour notre système politique, car il s’agissait de la première pétition privée entendue dans la Chambre des Communes. David Cameron, le Premier Ministre, a présenté les excuses du gouvernement pour les mensonges qui avaient été publiés, pour les déclarations fausses de la police, du comportement pas du tout clair des policiers, et même du gouvernement de l’époque, qui avaient rejeté toute la faute sur les fans. Désormais les gens d’Angleterre savent que les fans n’y étaient pour rien, et qu’il y avait des personnes qui devaient répondre pour leurs actions répréhensibles. Le football a été uni par la vérité, et les familles des victimes peuvent faire leur deuil dignement après une lutte de presque vingt ans. Sans les réseaux sociaux cela aurait été difficile à accomplir. Je suis fier d’y avoir participé.

En coupe de France, contre Guingamp, les South Winners ont de nouveau montré leur soutien au collectif des victimes de Furiani afin que la Fédération Française de Football sacralise le 5 mai. Le verdict vient de tomber, la FFF a refusé la requête. En Angleterre, quelles sont les mesures prises pour la mémoire des victimes de Hillsborough ?

Pour Hillsborough, il y toujours une cérémonie de commémoration à Liverpool, et le club ne joue jamais ce jour. Je suis d’accord avec ça, car il y a des choses plus importantes dans la vie qu’un match de football. On oublie ça parfois ! Je ne suis pas très au courant pour Furiani, mais je trouve dommage que la FFF n’ait pas voulu marquer la date si les fans le demandaient. Un peu de respect pour des victimes est toujours une bonne chose, mais je ne connais pas vraiment cette affaire. Repousser un match d’un jour, ce n’est pas trop, quand même !

Joey, merci pour ta disponibilité. As-tu un dernier message à faire passer aux supporters marseillais ?

Mon seul message est « Merci » ! Merci de votre accueil, merci à tous les supporters, j’adore ce club, j’adore porter son maillot. Ce club m’a soutenu à un moment difficile pour moi, et j’en serai toujours reconnaissant.

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  • Photos ©Stan Guigui / Agence Vu

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