Frédéric Thiriez répond aux South Winners

17 mars 2013.

Depuis 2002, Frédéric Thiriez est Président de la Ligue de Football Professionnelle. Sa cote de popularité auprès des associations de supporters en France n’a jamais été très bonne, notamment depuis 2006, quand il a demandé et obtenu du législateur la possibilité de prononcer des interdictions de stades par les préfectures et de dissoudre les groupes de supporters les plus violents. Néanmoins, Fréderic Thiriez a tenté à plusieurs reprises d’ouvrir un vrai dialogue avec les groupes ultras français... Dans quelques-uns de nos articles, nous l’avons souvent critiqué au sujet de la répression dans les stades. Nous voulions lui donner la parole en lui posant quelques questions sensibles. Les réponses ne sont pas forcément celles attendues mais cette démarche aura au moins eu le mérite de nous montrer que l’homme reste disponible et peut être à l’écoute des supporters même si nos idées et notre vision du supportérisme sont opposées dès le départ. La porte est désormais entre-ouverte, à nous de la saisir pour renouer un dialogue qui serait bien plus productif qu’un conflit…

En octobre 2010, au Stade de France, a eu lieu le premier - et le dernier - congrès national des associations de supporters en présence de la Secrétaire d'Etat chargée des sports de l'époque, Rama Yade, et vous-même. Suite à ce congrès, le "Livre vert du supportérisme'" fut publié distribué à toutes les associations de supporters en France. Que pensez-vous de la démarche de ce livre et de ce qu'il en est sorti ? A ce jour, pensez-vous que cette démarche a eu un réel impact ? Comment voyez-vous l'avenir du mouvement ultras en France ?

Avant toutes choses, permettez-moi d’abord de vous dire à quel point je garde un grand souvenir du 20ème anniversaire des South Winners. D’abord, j’avais été particulièrement touché par cette invitation. J’imagine d’ailleurs que la décision de m’inviter n’avait pas été forcément facile à prendre car je sais bien que les institutions, notamment la LFP, n’ont pas la meilleure image auprès des supporters. Je m’étais donc rendu à Marseille ce jour de 2007, à l’occasion d’un match entre l’OM et Troyes, pour rendre hommage à la fois aux South Winners et à l’ensemble du public marseillais. En même temps, c’était pour moi l’occasion de vivre le fonctionnement d’un groupe de supporters de l’intérieur, « inside » comme on dit aujourd’hui… Je n’avais pas été déçu ! Avant même le début du match, j’avais été impressionné par les animations organisées sous le virage sud. Je me souviens du village qui retraçait l’histoire du groupe avec cette grande fresque murale et puis il y avait eu ce moment magique, toujours sous les tribunes : un concert de Manu Chao, spécialement pour les Winners. Manu Chao, luimême, en personne… Quel hommage extraordinaire pour les Winners que la présence de cet artiste autant demandé partout dans le monde ! Ensuite, il y avait eu le match et les animations, encore plus spectaculaires que d’habitude. Oui, cet anniversaire reste un moment inoubliable pour moi !

En ce qui concerne la place des supporters dans l’organisation du football, que ce soit au niveau des clubs ou au niveau national, je veux d’abord souligner, que contrairement à ce qu’affirment certains observateurs, l’attitude des dirigeants ne se résume pas à dire aux supporters « Paie ! Assieds-toi ! Tais-toi ! ».

Au niveau local, je ne connais pas beaucoup de clubs où les dirigeants n’ont pas un dialogue quasi institutionnel régulier avec leurs associations de supporters. A Marseille notamment, je sais que le Président Vincent LABRUNE et les dirigeants qui l’entourent accordent la plus grande attention à la qualité de la relation entre le club et les groupes de supporters. Il s’agit d’une reconnaissance qui va de soi. En effet, les grandes associations d’ultras, comme les South Winners, ne se bornent pas à organiser les déplacements ou à encadrer les supporters dans les tribunes, mais elles mènent également des actions sociales dans les quartiers, contribuant ainsi à l’intégration et au savoir-vivre ensemble.

Au niveau national, les choses sont un peu plus compliquées car force est de constater l’absence d’une organisation nationale des supporters qui puisse justifier d’une certaine représentativité. On sait bien que beaucoup de supporters sont partagés entre deux attitudes : d’un côté, ils veulent être reconnus par les dirigeants mais, de l’autre, ils refusent d’être institutionnalisés.

En tout cas, il y a deux ans, une « coordination nationale des ultras » a failli voir le jour, et j’avais à l’époque salué cette initiative en soulignant que si un tel groupement venait à exister, je serais heureux d’entamer avec lui un dialogue au niveau national. J’étais même allé, et certains m’en ont voulu, jusqu’à évoquer la possibilité d’une représentation de cette organisation dans les instances de la L.F.P.. Malheureusement, cette coordination n’a pas vu le jour, et nous en sommes restés là ! Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…

La répression est omniprésente dans tous les stades en France en vue de l'Euro 2016. Tout d'abord, parlons de la liberté d'expression pour les groupes de supporters qui est de plus en plus bafouée dans le « pays des droits de l'homme ». Les lois ne semblent plus être les mêmes dans un stade et dans la vie de tous les jours. Comment en est-on arrivé à un tel constat ?

La loi définit les infractions et sa sévérité est proportionnelle à la gravité de ces infractions. J’assume pleinement la répression des délinquants dans les stades car la ligue doit faire son travail qui est d’assurer la sécurité de tous les spectateurs ainsi que l’image du football professionnel. Je ne peux accepter qu’une poignée cause des troubles pour tout le public. Je rappelle que la LFP organise chaque année le plus grand spectacle vivant en France, avec 800 matches, 10 millions de spectateurs qui viennent dans nos stades et 100 millions de personnes qui nous regardent à la télévision.

La semaine dernière, deux peines de prison ferme ont été prononcées par la justice pour des violences commises avant ou après un match. Dans un cas, le prévenu a été reconnu coupable de violences commises en raison de la race ou de la religion et de violences contre personne dépositaire de l'autorité publique. Dans l’autre cas, le pseudo- supporter a été condamné pour outrages, rébellion, jets de bouteilles et de pétards sur les forces de l'ordre. Comment la justice et le football pourraient-ils tolérer de tels agissements ? Alors oui, je suis liberticide à l'encontre de ceux qui dissuadent les enfants et leurs familles de se rendre au stade par leurs actions insupportables. Nous n’accepterons jamais que des hooligans, par des comportements violents ou racistes, gâchent la fête.

Abordons le sujet qui fâche : l'utilisation d'engins pyrotechniques dont les fumigènes, symboles du mouvement ultras. Avec une utilisation sécurisée, il n'y a aucun danger. N'aurait-il pas été plus judicieux de trouver ensemble des solutions pour que les fumigènes continuent à colorer les tribunes pour la beauté du spectacle dans les stades plutôt que de décider unanimement d’une répression totale ?

Je ne crois malheureusement pas à ce que vous appelez une utilisation sécurisée. Pourquoi ? Parce qu’un engin pyrotechnique, c'est un instrument dangereux, tout simplement ! C'est 800 degrés et cela ne s'éteint même pas dans l'eau ! Il y a déjà eu des morts et des blessés graves. En février, un jeune supporter bolivien de 14 ans a été tué par un fumigène au cours d’un match. Dois-je vous rappeler qu’en France, un supporter, qui défilait dans la rue pour demander un assouplissement des lois répressives, a perdu un doigt en voulant utiliser un fumigène ? Dois-je vous rappeler les doigts arrachés du jeune sapeur-pompier à Nice, Anthony Roko, en octobre 2009. C’était lors d’un match face à l’OM. Et puis il y a ce tout dernier accident, survenu lors du dernier match de Coupe de France entre le PSG et l’OM. Vous le savez sans doute, un stadier a été brûlé à trois doigts en essayant de ramasser un pétard lancé depuis la tribune Auteuil et a dû être transporté en urgence à l’hôpital. Il y a quelques mois, l’entraîneur de Saint-Etienne a rappelé ce drame qui s’était produit alors qu’il était capitaine du Toulouse FC : « Nous étions venus jouer à Saint- Etienne. Des supporteurs du TFC sont venus nous encourager, des fumigènes ont pris feu dans leur bus, il y a eu des morts et des gens sont encore handicapés", a-t-il témoigné. "Les fumigènes, c’est dangereux. Si on les interdit, c'est qu'il y a des raisons. » a-t-il ajouté. Les engins pyrotechniques peuvent aussi entraîner des mouvements de foule dans les tribunes, en provoquant des débuts d'incendie dans les travées. En Allemagne, par exemple, terre de football s’il en est, la fête se passe fort bien d’engins pyrotechniques. Les affluences et l’ambiance sont au rendez-vous. En Ligue des Champions aussi, les grands matches européens se déroulent dans une superbe ambiance, sans qu’il y ait besoin de fumigènes, avec une grande fermeté de l'UEFA. Le fumigène ce n'est pas la fête, c'est un danger !

Le dialogue doit être renoué avec toutes les associations de supporters en France, les présidents de clubs et la LFP avant que le point de non retour, qui semble proche, soit atteint. La répression n'est plus une solution. Les IDS se multiplient de façon arbitraire et abusive. Les sanctions actuelles ne sont-elles pas disproportionnées ?

Désolé mais je ne partage pas votre point de vue quand vous affirmez que les IDS se multiplient en France de façon arbitraire et abusive. Voici quelques chiffres et une comparaison : en France, nous avons à l'heure actuelle 395 interdictions de stade, dont 271 administratives et 124 judiciaires alors qu’il y en a 2000 au total en Angleterre, soit 5 fois plus ! En décembre dernier, 38 supporters de Sunderland ont été interdits de stade jusqu'à la fin de la saison pour être restés debout pendant le match. En janvier, un supporter a été interdit de stade 3 ans et condamné à 2 mois de prison avec sursis ainsi que 120 jours de travaux d'intérêt général pour avoir pénétré sur le terrain. En février, toujours en Angleterre, un supporter du club de Millwall a été interdit de stade pour cinq ans pour insultes racistes.

Cela veut-il dire que je rêve d’un football à l’anglaise, un peu aseptisé, où l’on resterait assis en silence ? Certainement pas. Nous aimons le football populaire en France, où l’on crie, où l’on vibre, où l’on se lève, où l’on chante. Et nous savons bien que nous devons aux supporters de beaux moments avec des ambiances de fête et de magnifiques animations. Mais de grâce, sans violence, sans revivre certaines scènes insupportables ! La lutte contre la violence est une lutte pour le football professionnel. Il en va d'enjeux moraux et économiques. Moraux : le football professionnel, vitrine du football de masse, fait rêver des millions d’enfants. Economiques : le football ne peut se développer durablement que si son image est suffisamment attractive auprès des pratiquants, du public, des acteurs économiques et des décideurs politiques.

On me dit souvent qu’une solution efficace pour éviter tout incident serait d'augmenter le prix des places dans les stades, que si cette mesure a été efficace en Angleterre, elle le serait France. Je réponds toujours qu’il n’en est pas question car football français ne veut pas se couper de ses racines populaires. On reproche beaucoup de choses à la Ligue 1 ou au football français dans son ensemble mais chez nous, aller au stade demeure un loisir très accessible et j’y tiens. Je souhaite que le football reste un spectacle populaire, donc accessible à tous mais je souhaite aussi qu'il s'ouvre plus aux familles et pour cela il faut une ambiance parfaitement sécurisée dans et autour des stades . Le public qui vient au stade parce qu’il aime le football ne peut que nous suivre dans une démarche qui vise avant tout à attirer d'autres spectateurs.

Evidemment, la fermeté n’exclut pas le dialogue. Je considère que les associations de supporters sont nos partenaires au niveau local comme au niveau national car nous avons ensemble le même objectif : protéger le football, le plus merveilleux des sports. J’ajoute qu’à mes yeux la seule distinction à faire ne concerne pas la dénomination des associations. Elle est celle qui sépare les supporters respectant les règles et les autres. Heureusement, l'immense majorité des supporters se conduit bien.

Revenons sur les affrontements lors du report de OM/PSG, en octobre 2009, qui ont entrainé trois années sans déplacement des supporters marseillais au Parc et des parisiens au Vélodrome. Malheureusement, à ce jour, même si le déplacement est de nouveau autorisé, nous sommes obligés de constater que le quota des supporters marseillais au Parc des Princes n'est toujours pas résolu avec seulement 400 places allouées au lieu de 2000. Quand allons-nous enfin pouvoir bénéficier de nos droits ?

Revenons d’abord sur les raisons qui sont à l’origine de ces mesures. Effectivement, on ne peut pas oublier ce qui s'est passé à Marseille avec une guérilla urbaine, puis il y a eu la mort d'un homme en marge de PSG / OM lors d'affrontement entre supporters parisiens. Avant d'interdire, il s’agissait donc de protéger. Cette décision n'était pas dangereuse pour la démocratie, comme je l’ai entendu. Le danger aurait été qu’un déplacement puisse se faire alors que les pouvoirs publics, compte tenu du contexte, ne pouvaient en garantir la totale sécurité. La restriction des déplacements n’est donc pas une mesure anti-OM. Elle respecte au contraire totalement les supporters marseillais car elle place leur sécurité au-dessus de tout. De telles décisions ne sont pas prises de gaité de coeur. Elles le sont à regret et ne font plaisir à personne. Cela va même à l'encontre de l'esprit du sport mais la sécurité est la priorité absolue. Les familles doivent pouvoir revenir au stade sans appréhension. C'est triste, mais il fallait en passer par-là pour revenir le plus vite possible à une situation normale. Aujourd’hui, nous y sommes presque. La situation s’est heureusement apaisée.

Le calendrier de la Ligue 1 est à la merci de Canal+ et Bein Sport. Nous avons pu voir la programmation de matches à 14h dans le sud en plein été ou à 21h dans les régions les plus froides de France en plein hiver. Canal+ programme des affiches surprenantes le dimanche à 21h comme Sochaux/OM ou OM/Nancy récemment. Ne pensez-vous pas que ces programmations contribuent à la désertification des stades ? La LFP a-telle un droit de regard sur ces choix, au moins sur les horaires ?

Il n’y a pas de désertification des stades ! Le taux de remplissage des stades n’a pas subi de baisse, restant toujours situé entre 70 et 75 %. Cela s’explique par le gros travail de rénovation des stades effectué dans le cadre de l’organisation de l’Euro 2016 et, naturellement, par la taille des stades des clubs qui accèdent en Ligue 1 ou en sont relégués. Vous savez qu’avec les stades de nouvelle génération et la rénovation des enceintes, les supporters seront reçus dans de meilleures conditions d’accès et de confort ? Ce sera gagnant – gagnant : pour les supporters et pour les clubs qui augmenteront leurs affluences.

A propos du calendrier, les créneaux horaires ont été fixés par la LFP. Pourquoi 14h00 par exemple ? Parce que c’est l’horaire idéal pour l’exposition du football français à l’international. Et puis, regardez ce qui se passe à l’étranger. En Angleterre et en Allemagne, il y a des matches le dimanche à 13h00 en première division. En Espagne, on joue même le dimanche à midi. En Italie, on joue le lundi à 19h00 et à 21h00, comme en Angleterre ! Alors arrêtons un peu, s’il vous plait, de critiquer le calendrier du championnat. De toute façon, en matière de calendrier, la Ligue est critiquée quoi qu'elle fasse. Je ne me fais pas d’illusion, il y a toujours des mécontents. Que les matchs aient lieu ou pas, qu'ils soient déplacés ou pas... Cela n'a pas d'importance. Les institutions ne sont pas là pour plaire mais pour organiser les choses du mieux qu'elles peuvent et prendre leurs responsabilités. En revanche, ce qui me gêne beaucoup, c’est quand on s’en prend à nos diffuseurs. Ils sont aussi nos partenaires et ils méritent la considération des supporters.

Les South Winners ont soutenu le collectif des familles des victimes de Furiani pour la sacralisation de la date anniversaire du 5 mai 1992. Certains de nos membres étaient présents ce jour-là en parcage visiteurs. Cette requête nous semblait juste en souvenir des victimes de cette tragédie qui est le plus grand drame du sport français. Le comité exécutif de la FFF a pourtant refusé cette demande malgré le soutien d'un grand nombre de clubs, de joueurs, de personnalités et de politiques. Seules la FFF et la LFP semblaient contre. Avez-vous une explication crédible sur ce refus ?

20 ans après, l’émotion suscitée par la tragédie de Furiani reste très forte. C’est pourquoi, en mémoire de ces tragiques événements, il n’y aura plus de finale de Coupe de France ou de Coupe de la Ligue le 5 mai. De même, il n'y aura plus non plus de match en Corse pour les équipes corses ce jour-là. Lors de la 35éme journée, qui aura lieu le week-end du dimanche 5 mai, Bastia jouera d’ailleurs à Marseille pendant qu’Ajaccio se déplacera à Reims. Par ces initiatives, la LFP s'associe pleinement à l'hommage aux victimes du drame de Furiani, à la douleur des familles et sacralise la date anniversaire du 5 mai 1992 car la commémoration d’un drame ne doit pas signifier forcément le report des matches, au contraire. L’hommage a même un sens encore plus fort s’il est rendu par le sport, comme en Angleterre par exemple, en souvenir d’Hillsborough.

Le football français est en train de mourir, notre raison d’être avec. Que pensez-vous de ce triste constat partagé par beaucoup ?

Personne ne partage ce constat ! Le football reste et restera le sport numéro 1. Voyez par exemple le score historique du PSG/OM en Ligue 1 le week-end dernier ! Près de 2,9 millions d’abonnés, c’est la meilleure audience historique de Canal+, toutes émissions confondues hors diffusions en clair. S’il vous plait, messieurs, arrêtez la nostalgie du « c’était mieux avant » et lisez ce qu'écrivait le journaliste Pierre Ducasse dans la revue « Le Ballon Rond », datée du 22 janvier …1921 : « Comme il est pénible de constater la crise que traverse le sport actuellement. Où est-il cet heureux temps de jadis où seuls trois ou quatre clubs de football jouaient sur des terrains à peine tracés ? Il n'y avait pas de public, pas de recette. Lorsque les clubs ont commencé à faire de l'argent, les joueurs se sont montrés plus exigeants. Les dirigeants ont cédé pour les garder. Maintenant, on ne joue plus que par intérêt ». C'était il y a près d'un siècle ! Alors, je ne suis pas d’accord : en football, l'âge d'or n’est pas toujours celui qui a précédé !


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